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Leçons tirées des ratés de la vaccination contre la COVID-19 : Il est temps de créer un registre canadien des personnes vulnérables


mars 2021 Partagez avec   facebook   twitter

Leslie McGill, Présidente et chef de la direction, Fondation MedicAlert Canada

Le programme de vaccination au Canada a connu des hauts et des bas — montrant aux Canadiens que notre système de santé a perdu beaucoup de son lustre et de son efficacité. Au moment où le pays sort d’une autre période de confinement, engendrée par une deuxième vague de la pandémie, le fait que nos populations les plus vulnérables ne savent toujours pas quand elles seront vaccinées me laisse un goût amer. Comment est-ce possible? Il s’avère que notre système de santé est tout sauf universel, et le programme de vaccination nous rappelle brutalement que ce système dépassé et plombé par des inégalités raciales, économiques, et liées au sexe et à l’âge n’a pas qu’une seule vitesse. Situation déconcertante et pour le moins embarrassante sur la scène mondiale. Dire que la vaccination au Canada a été sous-optimale est un euphémisme.

Lorsqu’on a commencé à planifier la vaccination, nous avons été soulagés d’apprendre que les travailleurs de la santé de première ligne et les personnes en établissements de soins de longue durée seraient les premiers à recevoir les vaccins de Pfizer et de Moderna. Cette nouvelle nous a assuré que même si l’industrie canadienne de production de vaccins a disparu il y a belle lurette et que notre capacité à accéder à la chaîne mondiale d’approvisionnement en médicaments a longtemps été mise à rude épreuve, au moins une partie de nos populations les plus vulnérables seraient bientôt protégées. 

Personne ne s’est opposé à cette stratégie, bien au contraire. Nous avons tous vu aux nouvelles l’horreur de la propagation du virus dans les établissements de soins de longue durée. Nous avons vu l’épuisement sur le visage des travailleurs de la santé de première ligne. Mais malgré ce projet limpide sur papier, nous avons tôt fait de déchanter à la vue des premiers rapports indiquant qui exactement recevait le vaccin, et l’arrivée d’un nombre croissant de doses a fait ressortir notre laxisme dans notre définition des travailleurs de la santé de première ligne.

Alors que le nombre de cas de COVID-19 augmente en flèche, comment se fait-il que le personnel hospitalier n’ayant aucun contact avec les patients se fasse vacciner avant les professionnels de la santé de première ligne? Que les membres en bonne santé des familles des patients en établissements de soins de longue durée passent aussi en premier?

Si les taux de vaccination au Canada sont bien en deçà de ce qu’on observe dans d’autres pays — et si ce système de santé dont nous sommes si fiers nous place au 38e rang mondial quant au nombre de doses administrées par habitant, comment pouvons-nous mettre en place avec confiance un programme de vaccination? Pouvons-nous nous permettre de viser une uniformité dans la vaccination? Notre histoire récente nous dit que non. Les données relatives à la santé de la population peuvent-elles être le principal vecteur décisionnel en ce qui concerne les vaccins dans les différentes provinces? Quels sont les seuils en place pour garantir que les bonnes personnes se font vacciner en premier?

Si je me fie à mon expérience de consultante pendant la pandémie du SRAS et mes 35 années de travail dans le système de santé et maintenant à la tête de la Fondation MedicAlert Canada, seul organisme voué à protéger les Canadiens en situation d’urgence sanitaire, il y a une chose qui pourrait être normalisée au pays pour aider à soutenir notre prise de décision concernant qui reçoit le vaccin, quand et où.

Tout au long de la pandémie, nous avons entendu l’expression personnes vulnérables utilisée dans divers contextes. Cela dit, il n’existe pas de définition nationale standard de ce qui constitue une personne vulnérable — est-ce un concept lié à la santé ou à une classe socio-économique? Du point de vue de MedicAlert, tant qu’une définition nationale unique de la vulnérabilité du point de vue de la santé n’aura pas été établie, nous continuerons de constater des inégalités et des disparités dans la gestion des soins dans les situations à risque élevé.

MedicAlert héberge et maintient le Registre national des personnes errantes qui aide des dizaines de milliers de Canadiens à risque d’errance. Notre travail avec les premiers intervenants et les professionnels de la santé a fait naître le besoin d’élargir la capacité de notre registre afin de fournir une ressource centrale de renseignements qui peut facilement répondre aux besoins des travailleurs de première ligne dont le travail consiste à protéger et à soigner nos populations les plus vulnérables. 

Les déterminants sociaux de la santé doivent être non pas tant un exercice intellectuel servant à étiqueter les « démunis » au sein de nos communautés qu’un terme pouvant offrir un tremplin vers des gestes concrets pour aider nos populations les plus vulnérables au pays. Un registre national avec une définition uniforme de ce qu’est une personne vulnérable — sur la base des déterminants sociaux de la santé — peut nous offrir un point de référence uniforme pour nous aider à déterminer qui sont nos populations les plus vulnérables, quelle que soit la situation.
 
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